Gravure sur verre à la roue (1867–1941), techniques et modèles anciens

Il y a beaucoup d’éléments inconnus sur l’origine de cette méthode de gravure sur verre. On peut juste souligner qu’elle vient sans doutes de Bohême en Europe centrale. En fait, il existe peu de documents anciens descriptifs de cette technique issue de la taille du cristal et appliquée au verre plat.
Modèles de gravure sur verre à la roue
Coins gravés à la roue pour les portes vitrées. Picard & Cie 1872 – 1941.
Gravure sur verre à la roue en 1867 .
En 2017, j’ai pu acquérir et remettre en état un touret ancien. En fait, il s’agit d’une machine de gravure sur verre à la roue. Je ne connais pas toute l’histoire de cette ancêtre des Dremels d’aujourd’hui. Je sais juste que son dernier propriétaire était nommé Michel DEVOLUET , tailleur sur cristaux et glaces et qu’il était installé en 1980 au 9 Rue Barbette dans le 3ème arrondissement de Paris. Cet artisan décédé depuis, a notamment travaillé pour des maisons prestigieuses comme Dior ou la cristallerie Baccarat et avait des rapports avec l’ancienne cristallerie Schweitzer toujours à Paris.
Fiche technique
- Datation : milieu XIXᵉ
- Provenance : atelier Devoluet (dernier propriétaire)
- Type : touret à pédalier (motorisé par la suite)
- Usage : gravure sur verre à la roue
- Etat : exceptionnel
- Remarque : très rare en fonctionnement.
«L’exposition universelle illustrée» N° 49 un texte littéral.
Les petits métiers, graveur sur verre : Les graveurs sur verre attirent comme les autres petits métiers les regards des curieux et les visites de la foule. Elles sont même si nombreuses, ces visites, qu’elles entravent et gênent, parfois les ouvriers.
En quoi consiste le travail de ces graveurs ? Il consiste à tracer sur le cristal des chiffres, des armoiries, des ornements, des couronnes, des fleurs et mille enjolivements délicats.
Comment obtient-on cette ornementation variée ?
Par un procédé fort simple. L’ouvrier assis devant un tour, imprime avec le pied un mouvement à la roue. Ladite roue fait tourner une tige de fer à laquelle est fixée une molette en cuivre. L’ouvrier présente la pièce de cristal qu’il veut ornementer au fil de la molette qui trace aussitôt tous les dessins que l’ouvrier veut lui faire exécuter. Il y a cette différence entre le graveur au burin et le graveur à la molette que chez le premier l’instrument qui grave est mobile, tandis que chez le second il est fixe.
Petite précision :
Ce que l’article ne vous explique pas, c’est qu’une roue en cuivre ne peut pas graver le verre. C’est en fait un abrasif (type émeri) que le graveur sur verre ajoute régulièrement à l’aide de graisse. (remarquez le pot de graisse sur la table)
Suite de l’article : C’est en présentant le cristal avec habileté sous la molette que l’on obtient une gravure bien faite.
Ce travail s’exécute rapidement. En deux minutes j’ai vu graver sur le verre deux palmes entrelacées avec deux chiffres au milieu. Chaque pièce ainsi faite étant payée environ 20 centimes, on voit que le graveur sur cristaux obtient d’assez bonnes journées.
Cependant il ne faut pas croire que tout travail se fasse aussi aisément que celui-là. L’ouvrier graveur bien outillé doit posséder 400 molettes pour faire tous les genres d’ornements. Certains travaux minutieux exigent, indépendamment d’une grande habileté de main, beaucoup de patience et d’adresse. Ainsi, j’ai vu là un verre de cristal couvert de fleurs et de guirlandes qui n’a pas demandé moins de dix journées de travail et dont le prix ne saurait être inférieur à 100 francs. (PAUL BELLET. 1867)
Un pédalier en bois
Ce type de machine a graver le verre était à l’origine actionnée par un pédalier en bois. On peut voir un exemplaire intact présenté au musée sur le site verrier de Meisenthal en Alsace.
Des modèles animaliers gravés à la roue
Un bestiaire d’art populaire pour les portes et fenêtres…
La gravure sur verre à la roue était une technique idéale pour décorer les petits carreaux de verre coloré destinés aux portes et fenêtres. Grâce à la précision de la roue et aux gestes maîtrisés des artisans, les graveurs réalisaient spontanément des motifs animaliers et champêtres. Il s’agit sans doutes d’un héritiages directs des décors traditionnels de Bohême gravés sur cristal.
Souvent réalisés en verres plaqués colorés, ces carreaux ornaient autrefois les habitations. Leurs diffusions internationales doivent beaucoup à la famille Picard, qui, vers 1890, a largement contribué à populariser ces modèles en les commercialisant dans toute l’Europe. Un tarif de la miroiterie Leleu, (ci dessous) daté de la même période, atteste de la présence de ces carreaux gravés dans les catalogues de ventes. Une preuve tangible de leurs productions et de leur commercialisations dès la fin du XIXᵉ siècle.
Bien que produits industriellement, ces carreaux sont devenus un véritable patrimoine populaire. Ils témoignent du savoir‑faire verrier et de l’esthétique décorative de l’époque. Leurs origines exactes restent toutefois difficiles à établir.

Extrait du tarif de la miroiterie Leleu Lille 1895.
Note de l’Auteur
Ces techniques anciennes, longtemps oubliées, continuent aujourd’hui de vivre dans les ateliers comme le mien. Je suis heureux de contribuer à préserver ce savoir-faire et à le partager ici afin que ces gestes ne disparaissent pas. C.F
Liens et Sources
- D’abord : un article de 1867 « L’exposition universelle illustrée» N° 49 “Les petits métiers”
- Ensuite, le centre international d’art verrier de Meisenthal. Un endroit à visiter absolument.
- Certaine image des vidéos ont été généré par IA.















