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Miroiterie et façonnage manuel du verre

Bob Zatasvasky

Biseautage manuel

biseautage manuel du verre

Pour commencer, voici un court reportage assez touchant qui a été réalisé aux Etats-Unis. Cette démarche est née d’un besoin de communiquer sur la disparition du façonnage manuel du verre, tel qu’il se pratiquait à la fin du 19ème siècle en miroiterie.

 

Bob Zatasvasky à 40 belles années d’expériences. Il est très probablement est un des derniers verriers aux Etats-Unis à pratiquer cet artisanat manuel. Il travaille pour l’atelier d’art verrier “Hyland Studio” de Santa Clara en Californie.

 

En effet il faut savoir, qu’aux Etats Unis comme en France la découpe, le biseautage, la gravure, l’argenture ou le façonnage manuel du verre plat ont été littéralement “atomisés” par le façonnage industriel miroitier. De plus les coûts très élevés des heures nécessaires à ces travaux manuels rendent leurs conditions de commercialisations difficiles voir même très difficiles.

 

Paradoxalement alors que beaucoup de ces savoirs faires sont nés en France, il faut sortir de notre pays pour voir encore toutes ces disciplines associées ensembles dans quelques ateliers actifs,  en Grande Bretagne, Russie ou Tchéquie voir même en Turquie ou en Inde…

 

Mais qu’en était-il vraiment à l’époque… ?

Bob the beveler

Film réalisé et produit par Filmkik .com

La Miroiterie

Argenter du verre

Tout d’abord la désignation du mot “miroitier” vient du terme miroiter, argenter. C’est à dire d’abord déposer une mince couche d’argent (au départ du Mercure puis du nitrate d’argent) sur une face d’une plaque de verre pour ensuite lui donner un coté réfléchissant.

argenture sur verre et glace

Francois Wième recette d’argenture des glaces.

Le façonnage manuel du verre

Du coté de venise

A l’origine le façonnage manuel du verre va de pair avec l’argenture. Il s’agit de réaliser différents types de finitions par gravure et polissage soit sur les bordures soit sur le vitrage lui-même. C’est un savoir-faire qui vient de venise berceau de l’argenture du 14ème siècle. Les miroirs de ce type richement décorés s’appellent d’ailleurs toujours miroirs de venise, miroirs vénitiens ou glaces vénitiennes. Ils sont traditionnellement composés de plusieurs éléments décoratifs en pourtour d’une glace centrale en général.  Ce travail de façonnage manuel du verre nécessitant de multiples manipulations succéssives se faisait donc sur de petites surfaces de vitrages. Celles si passaient de meules en meules horizontales ou verticales aux grains de plus en plus fins pour façonner le verre jusqu’au polissage puis l’argenture.

miroiterie Gaston Codoni

Façonnage des glaces Gaston Codoni 1908

L’ESSOR D’UN MÉTIER

Gravure à l’acide

Pendant longtemps, la découpe de verre a vitre, le façonnage manuel du verre a vitre, ou la gravure mécanique par roues ou meules, associé à l’argenture furent les principales activitées du miroitier. L’arrivée de la gravure par acide en plusieurs tons, après le don du peintre verrier Paul Bitterlin en 1878 et plus tard du sablage, a donné un véritable élan à ce métier. Etaient alors réunis dans certains ateliers comme la miroiterie Codoni , le Miroitier Gramont , CH. Buquet, et bien d’autres à Paris, un grand nombre de corps de métiers différents.

gramont miroitier paris

Miroiterie Gramont Pongor Paris

Tarif des verres a vitres Albert Pongor

AGENCEMENT DE COMMERCES

Enseignes, glaces, vitrines…

Une miroiterie comme celle de Gaston Codoni, rue Parmentier à Paris (1832 – au moins 1913) exécutait dans ses ateliers : la Menuiserie, l’ornementation, la dorure, la sculpture (bois), l’étamage (argenture), le biseautage. Mais aussi, la gravure à la roue.le verre gravé par acide. Ces miroiteries produisaient des trumeaux, glaces argentées, psychés, paravents, et enseignes peintes sous glace (reverse glass) ou gravé au jet de sable sur marmorite ou opaline. Ainsi que des panneaux, lettrages émaillés et tout le nécessaire à l’installation de commerce de l’époque… Cet atelier fournissait tous les types de vitrages industriels de l’époque, verre mousseline ou verre diamanté Picard et bien sur les vitrages imprimés par Saint-Gobain Chauny et Cirey.

Agencement de miroitier

Extrait du catalogue du miroitier Codoni en 1908.

CE QU’IL RESTE AUJOURD’HUI

Des lapidaires…

Aujourd’hui le faconnage manuel du verre en miroiterie sous cette forme-là a quasiment disparu en France. Il ne reste plus aucun Maîtres miroitiers façonneurs argenteur, travaillant sur lapidaires en activité avec autant de savoirs faire dans leurs ateliers. Le compagnonnage a également disparu dans les miroiteries et s’est éteint. Seul quelques ateliers artisanaux de décorations sur verres, ou dans les vitraux, isolé les uns des autres utilisent quelques-unes de ces techniques dans une bien moindre mesure.

biseautage du verre

Miroiterie,  biseautage des glaces

faconnage manuel du verre

Miroitiers et encadrements

lapidaire

Lapidaire de miroiterie

LES RAISONS D’UNE DISPARITION.

Les Styles et les Modes

LA TECHNOLOGIE

Dès 1910 Les premières machines biseauteuses verticales apparaissent. Elles furent suivies par les ponceuses à bandes abrasive également verticales dans les années 50. Puis par la suite à la fin des années 80 des machines de façonnages numériques sur 3 axes (3D) produites essentiellement en Italie, révolutionneront le façonnage du verre et du marbre. De plus il faut rajouter à cela l’arrivée des technologie Float de fabrication du verre plat entraînant la manipulation de grands formats de vitrages allant jusqu’à 6 x 3 mètres, nécessitant ainsi une mécanisation de la découpe manuelle du verre. Le coût matériel de ce type de technologie, hors de portée de l’artisanat, réservera cela à l’industrie. En fait aujourd’hui la majorité des petites miroiteries sous-traitent leurs façonnages à des unités industrielles.

ancienne biseauteuse

Machine de miroiterie Michaud de 1910

L’ÉVOLUTION DES STYLES ET DES MODES.

En matière d’art décoratif , la France à été un pays phare, ou plusieurs styles se sont succédé. Ils apportèrent chacun leurs innovations en termes de décorations et mise en œuvre. Ainsi par exemple le sablage du verre connu son âge d’or à l’époque art déco. En effet les lignes géométriques de ce style s’accordaient particulièrement bien à cette technique. C’est surtout à partir des années 50 que les choses changèrent. On ne parle plus alors de styles décoratifs mais de design industriel, dans toutes les disciplines. L’évolution technologique et la standardisation des goûts par l’industrie, leurs médiatisations, leurs robotisations, ou délocalisation entraînèrent le déclin du travail manuel du verre en France. Ainsi des pans entier d’économies et métiers qui leurs étaient liés ont disparus ou se sont marginalisés.

 

LA DISTANCE TEMPORELLE

Comme c’est souvent le cas, le temps fait son œuvre. Après la mise en désuétude d’un vitrage ou d’une technique il y a une distance temporelle qui s’installe entre la disparition complète d’un produit, et le moment ou on s’aperçoit qu’il manque et que finalement il était plutôt utile ou esthétique…

NDL : La réapparition d’un produit, sa réactualisation technique est souvent dû comme dans mon cas même à une initiative individuelle ou un choix professionnel souvent risqué de passionné.

Mais plus intéressant les industriels eux-mêmes peuvent parfois faire ces mêmes choix. Comme dans cette vidéo du groupe AGC sur l’intégration originale d’une pièce en verre taillé dans un véhicule de luxe… LEXUS.

La ou tout n’est pas perdu

Il faut noter que dans les pays Anglo-Saxon, la décoration et le façonnage manuel du verre sont souvent associés à la réalisation d’enseigne, plus que dans la miroiterie. Une personne se distingue particulièrement dans ce domaine, par son action de préservation des savoirs faires de l’époque. Il s’agit Dave A Smith graveur-verrier traditionnel au Royaume-Uni.

Formé au départ dans un atelier de lettres peintes traditionnelles chez Gordon Farr & Associé au Royaume-Uni , il s’est ensuite principalement formé au chez Rick Glawson aux Etats-unis pour le travail verrier traditionnel et la dorure. En 1992 il fonde son propre atelier de décor de lettrages peints à Torquay dans le comté du Devon au Royaume-Uni.

A présent, après avoir vendu son entreprise à l’apogée de son succès, il se consacre à sa passion pour le travail du verre Victorien (contemporain du style Empire) associant peinture, dorure, gravure à la roue et a l’acide avant que cet art ne disparaisse… Son savoir-faire est bien vivant et très impressionnant, il donne une idée claire de ce que pouvait être le travail du verre plat à la fin du XIXème siècle.

Aujourd’hui nous sommes au XXIème siècle, et soucieux de sa dette envers ses pères formateurs, il n’hésite pas à partager et enrichir ses connaissances à travers des cours des tutoriaux ou des chats par le biais de son site web : http://davidadriansmith.com/

Avec l’aimable autorisation de Dave A Smith graveur-verrier (UK)

NDL : Dave , thank you again for your permission.

David Adrian SMITH

David A Smith : http://davidadriansmith.com
https://www.facebook.com/davidsmithartist

Un Film de Danny Cooke :  dannycooke.co.uk
Musique Tony Higgins (Junior85): freemusicarchive.org/music/junior85/

Liens et sources

  • Documentations :
  • Lucien Lasnier : “Préçis de Miroiterie et de Vitrerie” Edition PPC Paris 1947
  • Revues ” le Miroitier de Fance” N°22 et 23 de 1929
  • Revues “Glaces et Verres”  St-Gobain
  • Catalogue Adler 1938
  • Vidéo sur le sablage sur verre tournée en Mai 2021 à l’atelier du verre Mousseline.
  • Catalogue Machines de Façonnage MICHAUD 1926
  • Catalogue Miroiterie CODONI 1908
  • Tarifs Gramont – Pongord 1913
  • Archives de l’atelier de gravure sur Verre Léopold Van Lierde