. La verrerie de Boisse-Penchot

Verre à vitre en 1920 (MàJ)

A la fin du 17ème siècle les verreries d’abord itinérantes  commencent à se sédentariser vers 1800 en Bohême et dans les Vosges Alsacienne. C’est dans cette région de l’est de la France que commence la fabrication du verre à vitre soufflé « au canon » (en cylindres).

Les investissements nécessaires à la sédentarisation de ces verreries les conduisent à industrialiser le verre à vitre. Elles chauffent leurs fours aux bois d’abord, dévastant des forêts entières. La houille et le charbon remplacent ensuite le bois comme source d’énergie.

A noter que les verres à vitres sont aussi appelés « verres des Vosges » pendant la première moitié du 19ème siècle.

Soufflage du verre à vitre en 6 étapes

1/ le soufflage

 

Le principe très simple il s’agit de souffler à la bouche (et plus tard mécaniquement) une forme de Manchon (Forme de Grande Bouteille). En fait elle prend la forme d’un cylindre. Ce cylindre de verre à vitre s’appelle un “Canon”. On parle alors de soufflage au canon.

soufflage du verre a vitre

2/ le Décalottage du verre à vitre

 

Le “canon” une fois soufflé devient un cylindre de verre à vitre. Pour cela il est coupé à ses 2 extrémités. L’opération s’appelle “le décalottage”.

A noter que c’est “le gamin” assistant le souffleur qui réalisait souvent cette opération. La main d’oeuvre infantile est chose courante à cette époque dans l’industrie du verre et ailleur.

decalotage du verre a vitre soufflé

3/ le fendage du canon

 

Une fois le cylindre de verre à vitre fabriqué il est ensuite transporté pour être refendu. Pour cela on utilise soit un diamant à couper le verre soit une tige de métal chauffée au rouge provoquant un “Choc thermique”.

En fait se sont le plus souvent des femmes qui portent les canons d’un espace à l’autre au sein des verreries. On les appelle les “porteuses de canons”

Le verre a vitre par manchon

porteuse de canon

4/ L’étendage et la recuisson

 

Une fois le cylindre de verre à vitre fendu, l’étape suivante consiste à ramollir le verre pour l’aplatir dans un four. L’opération est nommée “L’étendage“. Cette opération explique les irrégularités de surfaces, déformations ou bulles que l’on peut observer sur les vitrages anciens encore en place.

Le verre à vitre poursuit ensuite sa fabrication dans le four de “recuisson” dans le but d’être refroidit progressivement.

étandage du verre à vitre

5/ Le coupage du verre à vitre

 

Une fois le vitrage complètement refroidit, il est posé sur table pour y être coupé aux dimensions choisies. L’opération se nomme “le coupage” et se fait à l’aide d’un véritable diamant serti sur un outil le long d’une règle.

Coupage du verre à vitre

6/ Mise en caisse et paillage

 

Enfin vient la dernière étape de la fabrication des vitrages soufflés, la “mise en caisse et le paillage”. la protection des verres à vitres se fait à l’aide de paille dans des caisses de 30 à 60 feuilles de verres suivant les épaisseurs et les formats.

mise en caisse et paillage du verre a vitre

Mesure du verre à vitre

Les épaisseurs

 

On ne parle pas de mesure en millimètres il n’y a pas de normes la dessus à cette époque. Les épaisseurs de verres à vitres se comptent de la façon suivante :

 

  • Simple (1 M/M)
  • Demi ou mi-double (1,5 M/M)
  • Double (2 M/M)
  • Triple (3 M/M

tarifs et mesures des verres à vitres

Les Formats

 

Il n’y a pas de normalisation non plus pour les dimensions des verres à vitres au 19ème siècle. Les mesures des vitrages varient d’une région à l’autre ou même d’une ville à l’autre. Cela doit dépendre des dimensions d’ouvertures dans les usages courants des constructions locales. Néanmoins on retrouve 3 types de mesures principales chez les industriels.

 

  • Mesures Nord
  • Lilloises
  • Mesures Midi

 

Mais il y a beaucoup d’autres appelations…  Mesures… Dunkerquoises, Picardes, Douaisiennes, Tourquennoises…

verre a vitre 1895

Window Glass 1902

Dès 1900 le soufflage mécanique du verre à vitre commence à être utilisé sans toutefois complètement remplacer l’ouvrier souffleur. En 1902 le verrier Américain John Lubbers remplace l’étirage manuel du cylindre soufflé. Pour cela il invente un  procédé utilisant un anneau circulaire plongeant dans un pot de verre en fusion à l’aide d’un treuil qui s’élève doucement à la verticale. Ce procédé très spectaculaire peut ainsi produire des cylindres de plus de 10 mètres de longueur ! Cette production atteint sa pleine maturité avec les fabrications de l’American Window Glass Cie (1897) dans les années 1920.

Window Glass 1920

Window Glass 1920

Window Glass 1920

Et Maintenant…

En guise de conclusion, et bien pas de conclusion pour l’instant… le soufflage du verre à vitre à la bouche n’ayant pas encore totalement disparu.

 

Après 1920 la quasi-totalité des verreries de soufflage au canon n’ont pas pu résister très longtemps aux progrès technologiques comme l’étirage Fourcault en France ou le Window Glass aux Etats-Unis.  Cela dit, deux ont néanmoins traversée le temps pour arriver jusqu’à nous. Il faut dire que le fait qu’elles fabriquent essentiellement que du verre à vitre de couleur très spécifique, à certainement eu beaucoup d’importance quant à leurs longévités.

 

 

L’une d’elle se trouve en France sur la commune de Saint-Just – Saint Rambert près de Saint Etienne. Fondée en 1826 par ordonnance Royale la verrerie de Saint-Just produit au départ des bouteilles et du flaconnage.

C’est sous l’impulsion du Maître de verrerie Mathais André Pelletier qu’en 1865 elle se reconvertie dans la fabrication de verres de couleurs et de verres plaqués émaillés. Classée entreprise du patrimoine vivant, elle est toujours en activité et fait partie du Groupe Saint Gobain. Sa production de vitrages soufflés et de dalles moulées répond toujours aux besoins des ateliers de restaurations et création de vitraux dans le monde entier.

verrerie de S-Just St Rambert

Verrerie de Saint Just France.

Sources et Crédits

Verre étiré Penchot 1951- 52

Après 1946, la société Saint-Gobain propriétaire de la verrerie de Boisse-Penchot envoie ses experts évaluer l’état du four à Bassin et des machines à verre étiré Fourcault. Ce rapport d’ingénieurs, techniquement trop complexe pour être exposé ici, conclut favorablement. Il note la très bonne conservation du four a bassin et de ses installations. Saint-Gobain reprend alors directement la remise en production de verre étiré sur le site.

 

Le Nombres de machines à verre étiré Fourcault.

A ce sujet les sources sont contradictoires. Certaines en citent 4, d’autres vont jusqu’à 6, Les documents d’archives Saint-Gobain eux n’en citent toujours que 3 d’une largeur utile de 1350 M/M.  En fait il n’y a toujours eu que 3 machines d’étirages pour 3 emplacements autour du puits d’étirage comme c’est visible sur les plans de 1937.

 

Des modifications

Tout d’abord, les modifications les plus importantes portent sur les voies d’accès, avec en 1952 la suppression de la voie étroite de chemin de fer. Ensuite des travaux d’électrification non précisé ont eu lieu. Quand au four à bassin, il semble toujours chauffé au Gazogène.

La dernière campagne de production.

La campagne de fabrication de verre étiré par les 3 machines Fourcault de la verrerie commencera en Juin 1951 pour s’achever un an plus tard en Juin 1952. Ce sera surtout la dernière campagne de fabrication de la verrerie de Boisse-Penchot. En 1953 Saint-Gobain fermera le site pour le démanteler en 1954.

 

Verrerie de Penchot demantellement apres 1954

La dernière campagne

Mois Verre fondu

KG

Verre étiré

KG

Verre étiré Bon *

KG

Production

M2 **

Calcin

% ***

Juin 51 657 407 642 081 597 530 133 214 20.80
Juillet 934 659 865 872 803 981 172 983 21.41
Août 955 837 877 578 772 930 174 761 21.39
Septembre 900 308 829 908 761 128 171 688 20.87
Octobre 931 354 850 115 770 431 170 320 20.80
Novembre 906 925 827 108 765 607 168 797 20.32
Décembre 933 582 850 445 770 891 169 092 20.70
Janvier 52 947 944 868 344 806 399 176 132 20.40
Février 886 298 795 447 724 407 166 975 21.19
Mars 940 014 852 013 791 291 169 777 21.08
Avril 944 033 834 079 753 416 163 339 20.06
Mai 761 109 653 160 609 890 131 481 17.00
Juin 1952. 595 313 574 574 534 071 118 592 19.14
TOTAL 112 294 783 Kg 10 320 724 Kg 9 461 972 Kg 2 087 151 M2

 

* Verre bon: Verre entré bon en Magasin.

**Production exprimée en M2 , soit pour juin 1951, 4,485 kg au M2 , divisé par 2,5 (densité du verre) = épaisseur moyenne produite 1.794 M/M.

***Calcin: Débris de verres recyclés lors de la production et rajoutés aux matières premières de fabrication du verre étiré.

 

Tableau Original Archive ST-Gobain.

Verre étiré par St Gobain à la verrerie de penchot aveyron france

 

Source: Archives ST-Gobain à Blois Septembre 2013.

Remerciements à Mr René DIVERCHY  pour son aide sur les chiffres. Site web: la retro-d-aniche.com

Le Verre Cannelé

Présent sur le tarif de la verrerie de Penchot en 1910, le verre cannelé comme son nom l’indique, était un vitrage présentant des cannelures lui donnant une forme ondulée, déformant ainsi la vue. Il se fabriquait par soufflage d’un Manchon de la même manière que le verre à vitre.

L’aspect Ondulé était obtenu par soufflage du manchon à travers un moule cylindrique en laiton présentant de profondes cannelures dans lesquelles le verre venait prendre sa forme. Lors de cette opération le souffleur allongeait son manchon en prenant bien garde de ne pas tourner sa canne. Le canon (cylindre de verre ) ainsi obtenu était ensuite fendu puis étendu comme pour le vitrage clair.

Sources: BNF/Gallica “Les Merveilles de l’Industrie…”